Rédigé par M. Ibrahima Aidara
Aujourd’hui, je reviens sur un vieux sujet que j’ai débattu il y a de cela plus d’une dizaine d’années quand j’étais économiste pays au bureau du PNUD Sénégal et que j’ai défendu également en partie dans ma thèse doctorale. Il s’agit de la relation entre croissance économique inclusive, protection sociale et réduction de la pauvreté. Sans rentrer ici dans les technicités économiques, mon point de départ serait de savoir si l’élargissement de la politique publique de protection sociale du Sénégal pourrait atteindre son objectif de réduction des vulnérabilités, de la pauvreté et de promotion de la croissance économique inclusive et durable, dans le cadre du modèle dominant des institutions de Bretton Woods, basé sur l’endettement ?
Le Sénégal a élaboré sa première Stratégie Nationale de Protection Sociale (SNPS) 2005- 2015 dans le cadre de la deuxième génération de la Stratégie de Réduction de la Pauvreté (SRP). Depuis lors, le pays a mis en œuvre plusieurs programmes de protection sociale, qui visent à réduire la pauvreté et les inégalités. Cependant les progrès attendus et les résultats obtenus n’ont pas atteint les objectifs espérés. De même, les résultats enregistrés dans les services sociaux de base se présentent comme une invite à tous les acteurs à renforcer constamment les efforts et faire converger les actions autour des objectifs partagés et ciblés. Le Sénégal dispose de plusieurs options pour étendre le système de protection sociale mais il est apparu que cette composante était restée si faible qu’elle n’avait pas aidé le pays ni à augmenter la croissance ni à réduire la pauvreté et les inégalités, encore moins à faire face aux chocs induits par l’augmentation des prix des denrées alimentaires et de l’énergie.
En effet, la plupart des initiatives, considèrent la protection sociale comme une assistance sociale aux populations vivant dans l’extrême pauvreté et/ou ayant subi les conséquences néfastes des chocs exogènes. Cette approche de la protection sociale basée sur l’assistanat crée un impact marginal sur la croissance économique et ne permet à la personne assistée de se mettre durablement à l’abri de nouveaux chocs et de la pauvreté. Dès lors la question cruciale qui se pose est comment la politique publique de protection sociale pourrait contribuer efficacement à l’agenda de transformation Sénégal 2050 ?
Le modèle des institutions de Bretton Woods basé sur la libéralisation, peut freiner les efforts de protection sociale. L’endettement accru nécessaire pour financer ces programmes peut également limiter la capacité du gouvernement à investir dans des secteurs clés de services publics. Alternativement, il nous faut inventer notre propre modèle articule autour (i) du développement basé sur les ressources locales : encourager les initiatives locales et les solutions communautaires qui exploitent les ressources et les compétences locales pour faire face aux défis sociaux et économiques. (ii) économie
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solidaire et circularité : promouvoir des modèles économiques alternatifs qui mettent l’accent sur la durabilité, la solidarité et la préservation des ressources, plutôt que sur la croissance économique à tout prix.
Quelques pistes de recommandations de politiques publiques
– Diversifier les sources et modes de financement : Au lieu de dépendre uniquement des prêts des institutions de Bretton Woods, le Sénégal devrait explorer d’autres sources de financement, comme les partenariats public-privé, les financements innovants (obligations vertes, microfinancement) et les initiatives de financement participatif. Aussi, dans le contexte actuel de pauvreté de masse, il est difficile pour ne pas dire impossible d’avoir une politique publique efficace de protection sociale sans les subventions. Il faut minimiser l(emprunt et aller vers les subventions.
– Investir dans des programmes de développement durable : Élargir la protection sociale en intégrant des programmes qui favorisent l’autonomisation économique, tels que la formation professionnelle et le soutien aux micro-entrepreneurs. Cela contribuerait à créer des emplois et à réduire la dépendance à l’aide.
– Renforcer la gouvernance et la transparence : Pour maximiser l’impact des programmes de protection sociale, il est crucial d’améliorer la transparence et la responsabilité dans la gestion des fonds. Cela inclut la mise en place de comite de gestion national, encre dans les structures existantes de l’administration publique. Il faut également des mécanismes de suivi et d’évaluation rigoureux. – Adopter une approche intégrée : Les politiques de protection sociale devraient être intégrées dans une stratégie de développement plus large, qui inclut l’éducation, la santé et l’égalité des sexes. Cela permettrait de traiter les causes profondes de la vulnérabilité et de la pauvreté.


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